L’allantoïne, ce petit alcaloïde discret, cache un pouvoir immense : celui de réparer la peau et les articulations. Présente dans des plantes aussi communes que la consoude ou le plantain, elle est devenue un ingrédient incontournable des soins cicatrisants et cosmétiques. Vulnéraire, émolliente, anti-inflammatoire et antioxydante, elle illustre parfaitement comment la chimie végétale peut se transformer en alliée précieuse pour notre bien-être.
Les sources d’allantoïne
L’allantoïne peut être d’origine végétale et animale.
On la retrouve dans de nombreux végétaux, notamment dans plusieurs boraginacées, mais pas exclusivement. Voici une liste des plus connus :
- Consoude (Symphytum officina) – racine 25 000PPM, feuille 20 000PPM
- Plantain (Plantago major ou plantago lancéolata) – feuille et racine, mais non quantifié
- Pulmonaire (Pulmonaria officinalis)
- Bourrache (Borago officinalis) –graine 423PPM, feuille 61PPM, racine 49PPM
- Melon d’eau (Citrullus lanatus) – graine 450PPM, par curiosité, je ne connais pas d’application thérapeutique
- Café (Coffea arabica) – feuilles, quantité inconnue – jamais utilisé, mais je le laisse ici comme curiosité 😉
PPM = particules par million; la source est la base de données de Duke #ref :67#.

Voir l’article “Les alcaloïdes, puissants et parfois dangereux” pour plus d’informations sur le sujet.
Ses propriétés et usages
L’allantoïne est surtout reconnue pour aider à la cicatrisation, en stimulant la prolifération des cellules saines pour une régénération rapide et sans cicatrice. On la dit donc vulnéraire et émolliente.
Ainsi, elle est un principe actif de choix dans les pommades cicatrisantes ou les produits cosmétiques.
Selon Duke: #ref :67# et Ganora #ref :155#, elle serait aussi anti-inflammatoire et antioxydante.
Est-ce que ça marche; est-ce prouvé?
Il y a un consensus chez les herboristes, qui s’appuient sur leur expérience et la tradition centenaire pour répondre un gros oui enthousiaste à cette question.
Chez le pharmacien Bruneton #ref :39#, on a un regard assez critique sur les centaines d’expériences qui corroborent ces propriétés. Mais même s’il en rejette un grand nombre qui ne sont pas du plus haut standard, force est de constater qu’il ne trouve rien à redire sur certaines études randomisées avec placebo qui ont démontré :
- L’efficacité pour diminuer la douleur et l’enflure et augmenter la mobilité en cas d’entorse
- La réduction de la douleur causée par l’arthrose ou les maux de dos
Malheureusement, le pouvoir de cicatrisation n’échappe pas à son regard critique, car « la majorité d’entre elles (les études) étaient financées par des producteurs de produits naturels ».
Personnellement, puisqu’on ne relève aucun danger lié à l’usage externe de la consoude, que j’obtiens de très bons résultats dans ma pratique et que je suis également soutenue par un très long usage traditionnel, je suis plus favorable que Bruneton à ces études moins impartiales.
Les bons solvants
À noter: ce n’est pas parce qu’une plante possède un principe actif qu’elle en a automatiquement la propriété. Cela dépend de :
- si la quantité contenue dans la plante est suffisante
- si le principe actif est extrait par le solvant
- s’il est assimilé par le corps
- s’il présente des interactions avec les autres composants (qui peuvent amplifier ou diminuer l’action du principe).
En revanche, connaître les composants qui possèdent la propriété que l’on recherche chez une plante influence le choix des solvants pour extraire les principes actifs de cette dernière.
Pour les produits cosmétiques, elle est souvent extraite à partir de la glycérine.
Malgré qu’elle ne soit pas particulièrement attirée par les molécules non polaires, les macérations huileuses, notamment à partir d’huile d’olive, pourraient réussir à l’extraire partiellement #ref :155#.
Elle est également soluble dans l’eau chaude, qui est la méthode d’extraction pour les usages internes où la conservation n’est pas un aspect critique.
L’allantoïne est l’une des exceptions notables chez les alcaloïdes; elle n’est que faiblement soluble dans le vinaigre et l’acidité de celui-ci rend l’allantoïne instable. C’est donc l’un des alcaloïdes pour lesquels on ne recommande pas l’usage du vinaigre pour l’extraire.
Elle est très faiblement soluble dans l’alcool.
Dans ma pratique
Personnellement, j’utilise principalement la consoude et le plantain, et voici les transformations qui m’ont donné le plus de succès:
Cataplasme de consoude : pour brûlures, entorses, tendinites
Ingrédients :
- Une demi-tasse de racines fraîches
- Une demi-tasse de feuilles fraîches
- Un quart de tasse d’eau
Je m’assure que les feuilles et les morceaux de racine sont parfaitement propres (parfois, j’utilise un économe pour enlever la partie externe des racines; mais en frottant, l’écorce externe s’enlève facilement). Puis je fais une pâte uniforme en passant le tout dans un mélangeur à haute puissance (comme le Vitamix).
Je mets un peu d’huile sur la peau pour éviter que la pâte colle trop, puis je mets un bandage par-dessus la pâte pour tenir le tout et ralentir l’assèchement du cataplasme. Je laisse en place environ 6 à 10h et je le remplace s’il devient sec.
J’en prépare un peu plus que pour mes besoins et je fais congeler mes surplus dans des bacs à glaçons, pour en avoir une réserve sous la main en cas d’accident.
Teinture de consoude : pour les coupures et éraflures.
Bien que l’allantoïne soit peu soluble dans l’alcool, lorsqu’on utilise un alcool relativement doux (par exemple, à 40%), on a en réalité 60% d’eau. Je réussis donc à faire une teinture qui est, à mon avis, supérieure aux macérations huileuses, mais inférieure au cataplasme. Comme je n’imagine pas mettre le cataplasme tout collant sur une plaie largement ouverte, je réserve ma teinture pour ces usages.
J’explique tous les détails pour faire une teinture dans cet article : Transformation – Concentré liquide.
Voici les spécificités pour la teinture de consoude : 50 g de racines fraîches pour 150 ml d’alcool (si possible à 40%), macération 3 semaines.
Macération huileuse de feuilles de plantain frais
Bien que je ne sois absolument pas convaincue de l’efficacité de la macération de racines de consoude, je suis cependant très satisfaite de la macération de plantain.
Le secret: utiliser des feuilles fraîches et laisser la macération respirer (ne recouvrir que d’un tissu pour laisser l’eau s’évaporer).
Nettoyer les feuilles et les couper finement, les mettre dans un pot de verre en les tassant légèrement. Recouvrir d’huile d’olive et ajouter un pouce (3 cm) de plus d’huile. Avec une baguette, déplacer les feuilles pour faire sortir les bulles d’air.
Laisser macérer 3 semaines, si possible dans une douce chaleur, à l’abri de la lumière, mais bien en vue pour pouvoir les brasser, si possible, quotidiennement. Bien filtrer.
Note : ici je n’utilise pas le mélangeur, car il ajouterait trop d’air dans la solution, ce qui accélérerait la dégradation du produit par oxydation.

Pour votre bien :
Plusieurs des plantes qui sont les plus riches en allantoïne sont à éviter en interne
Ce n’est pas que l’allantoïne soit toxique, mais toutes les boraginacées qui la contiennent renferment également un autre type d’alcaloïdes : les alcaloïdes pyrrolizidiniques, plus précisément ceux qui ont un double lien dans la position 1.2 de leur structure. Bien qu’en petite quantité et sur une période limitée, leur consommation puisse être sans conséquences, ceux-ci sont néanmoins hépatotoxiques (très mauvais pour le foie). Ils peuvent générer des intoxications graves et on les soupçonne d’être cancérigènes à long terme.
Officiellement, il n’y a que la consoude qui soit exclue de la pratique en interne. Malgré tout, je me limite à des usages ponctuels de la bourrache et de la pulmonaire en interne.
Il n’y a pas de contre-indications reliées à la toxicité pour les usages en externe.
Éviter les contenants en métal
L’allantoïne réagit et se dégrade au contact de certains métaux; préférer des contenants en verre teinté qui seraient le choix optimal.
Le mot de la fin
L’allantoïne n’est pas qu’une curiosité chimique : c’est un pont entre la sagesse des plantes et la science moderne des soins de la peau. Bien utilisée, elle devient un outil simple, efficace et sûr pour accompagner la régénération cutanée et enrichir nos pratiques naturelles.
